Musique à usage personnel Antarctica starts here par John Cale
C'est une ancienne carte, aussi vieille que celle de Piri Reis. Parcheminée et pourtant si précise, pleines d'informations précieuses mais dont seulement une attire immanquablement mon attention.
Un point. Le centre de toutes choses avant même la création, le mouvement de la lumière et l'animation des êtres de glaise.
Il fut un temps où le centre ne rendait de compte à personne.
Pas même à moi.
Le temps d'une utopie ne se conjuguant qu'à la première personne du singulier.
J'aimerais arriver à déchiffrer à nouveau les galimatias de ce nouveau continent, cet endroit où tous les êtres vivants répondent à mon nom, où la terre me ressemble comme à un frère et où les végétaux ne s'épanouissent que lorsque je soupire.
Cet endroit ne se chante pas, il se susurre dans l'absence de lumière.
Là où un seul point occupe tout l'espace et oblitère toute émotion possible. Là où tout s'écrit en pointillé, l'être suspendu à un moment qui ressemble à une Vestale prête à se dévêtir.
Car le monde a été délaissé.
Les premiers à fuir n'ont pas été les moins courageux car qui peut prétendre toute une vie durant à l'intégrité du désir luisant, à l'opacité de la pulsion sans cesse opprimée ?
Celui qui s'exprime librement n'a pas sa place ici.
Une fois abandonné, le monde est bien vite rejoint par des ombres en marche, les souvenirs de ce qui aurait été, de ce qui aurait du avoir lieu.
Je me suis laissé dire qu'on ne revient jamais au monde. Et pourtant.