dimanche 20 mars 2011

Musique à usage personnel : Side effects par The Czars


Musique à usage personnel : Side effects par The Czars



On dit parfois un peu légèrement, comme ça, sur le ton d’une conversation qui n’en est pas vraiment une, que non, ça ne s’oublie pas aussi facilement.

On n’oublie pas comment aimer. On se doit de garder à l’esprit ce que cela fait d’aimer et d’être aimé en retour. « C’est comme le vélo », oui bien sûr, on hoche la tête mais on n’en pense pas moins. C’est enfoui là, quelque part à portée de sentiments, il faut juste se laisser un peu de temps, ça va revenir … Oui, bien sûr, sauf que ce n’est pas le cas.

Et pourtant …

Il suffit d’un regard, d’un geste anodin qui, pourtant, veut en dire beaucoup plus. Ou bien encore d’un sous entendu qu’on est le seul à pouvoir comprendre.

Et pourtant …

On a beau insister, rien n’y fait. Cela ne marche pas. Cette aptitude des plus humaines ne l’est plus.

Et pourtant …

Tout ceci ne pourrait tenir qu’au bon vouloir d’une chanson. Si on tend bien l’oreille, on entend même le crépitement caractéristique d’un compteur geiger. La preuve que oui, tout n’est pas perdu. Il reste quelque chose réduit à sa forme la plus élémentaire, un élément volatile qui nous accompagne où qu’on aille et auquel on n’a pas prêté attention depuis bien longtemps. Un atome crochu ? Un neutron par trop discret ? Un élément invisible dont la fonction serait de vous broyer le cœur et d’en tirer ce qu’il y a de plus fantasque.

Donc une chanson, ou une autre, sera nécessaire pour le révéler à nouveau comme une signature invisible que l’on ne peut voir que dans certaines circonstances, comme le jeu d’un homme qui ne se souvient pas avoir été enfant. 


Cette chanson se trouve sur The Ugly people vs the Beautiful people et on suivra avec attention la carrière solo du chanteur du groupe, John Grant.  


dimanche 13 mars 2011

Brompton Oratory par Nick Cave


Brompton Oratory par Nick Cave



Il y a des moments vécus à travers la musique qui ne se réfèrent qu’à d’autres moments vécus ailleurs et parfois même au-delà.

Par exemple, quand le souvenir se superpose au moment vécu.
L’ici et le maintenant laissant place aux ailleurs et avants.

Les pas qui résonnent, qui trébuchent presque sur les marches qui mènent à cette église font écho à ces mots qui eux aussi trébuchent dans l’énonciation de l’évidence.

Le Brompton Oratory. C’est là que se situe ce souvenir inventé de toutes pièces. Je n’y suis jamais allé mais j’y suis déjà rentré, je n’ai jamais franchi ses marches mais le lieu m’habite entièrement.

Un lieu bien particulier dans la discographie de Nick Cave. Comme certaines ébauches de Klimt qui débauchent littéralement leurs grandes réalisations sur toile. Il y a peut être aussi Christina the astonishing à ranger dans le même cas. Bien que là, le fil soit trop tendu, le pas trop aisé sur le fil de l’harmonie. Dans Brompton Oratory, rien n’est figé, la chanson commence à peine que déjà elle s’achève presque sans le vouloir.



Le chant est profond. A l’évidence, il se passe quelque chose d’important même s’il n’est pas aisé de dire quoi. La compréhension elle aussi trébuche. Comme les mots qui buttent dans un premier temps avant de nous emmener bien loin du Brompton Oratory. Vers la beauté, quelque part dans l’instant révolu que l’on cherche à revivre (Where do we go but nowhere, sur le même album) ou bien vers le moment qui promet bien plus qu’il ne le voudrait (Are you the one I’ve been waiting for).

Et Brompton Oratory. Un peu à part. Un creuset pour l’Epiphanie tant attendue.  Un instant et un lieu qui se transforment en prière, qui pour ce que l’on en sait, ne sera sans doute pas exhaucée.

Cette chanson se trouve sur The Boatman's Call. Un disque recommendable chez Mute Records (1997)


samedi 5 mars 2011

Walk par An Pierle


la musique est au centre de toutes choses

Walk par An Pierle 



Le ciel est très bas à l’horizon. La mer ne m’a jamais paru aussi obscure qu’aujourd’hui. Les nuages fondent sur les vagues comme sur des proies trop vulnérables. Heureusement, j’ai mon lecteur MP3 avec moi. Protégé. Je me sens presque forcé de sortir sur la jetée pour voir de quoi est faite cette tempête qui approche.

Face aux éléments en marche, porté par la voix de An Pierle, je marche vers la mer et me retrouve bientôt complètement seul dans une bulle d’air surchargé d’embruns et de promesses de noyade. Je sens un léger vertige venir mais je le laisse passer.

J’y suis. A nouveau. Le centre de toutes choses. Là où je me cache, loin de tous les artifices de l’apparat. Nu et acclamé, en paix tout simplement.

D’aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours aspiré à ça. Être là et disparaître peu à peu. D’où ce voyage en Belgique et cette visite à la Mer du Nord.

Ce moment s’échappe déjà. Je le laisse partir sans tristesse car je sais qu’il reviendra. Plus tard. Ailleurs. Sans que je ne m’y attende vraiment, à travers un morceau bien particulier, un déclencheur. Je l’accepte car il en est ainsi.

Je sais que je suis désormais trempé des pieds et à la tête. Soudain, une main s’abat sur mon épaule. C’est un gars du coin qui me gueule dessus comme du poisson pourri. Je suppose qu’il me dit qu’il n’est pas prudent de rester là dehors. Je ne comprends décidemment rien au flamand. Je lui fais signe de la tête que je vais le suivre. Je lui emboîte le pas et je jette un dernier coup d’œil derrière moi. Je me refuse à me laisser gagner par les remords. Je me demande juste où j’ai bien pu perdre cette sensation d’être et de savoir que j’ai été.

J’appuie sur la touche « rewind » et une chappe de plomb me tombe dessus lorsque la porte de l’espèce de bunker, où nous trouvons refuge, se referme derrière moi. Je sens les larmes monter aux yeux. J’espère distraitement que cela passera pour de l’eau de mer. De toute façon, personne ne prête attention à moi. Tant mieux.

Il ne se passe apparemment pas grand chose mais mon cœur se soulève. Je me sens si vulnérable. Je n’y peux rien. J’accepte d’être submergé.

Finalement, je décide de m’asseoir à côté d’un radiateur et je pense à la fin de L’ami américain de Wim Wenders, à ce qu’il parait ça a été tourné pas très loin d’ici. J’irais voir ça lorsque le temps me le permettra. Et je déciderais de comment cette histoire doit se finir.


Cette chanson de An Pierle se trouve sur son très recommandable 2e album, Helium Sunset sorti chez le label PIAS.