samedi 10 avril 2021

Musique à usage personnel: Mi vanidad par Lhasa de Sala



Musique à usage personnel: Mi vanidad par Lhasa de Sala


On n'est soi même pas si tactile que ça et pourtant il y a des gens que l'on sert de façon particulièrement forte dans nos bras. Peut être parce que l'on sait pertinemment qu'on les a déjà perdus. Et donc toi, je t'ai serrée une dernière fois dans mes bras, hier.


Il y avait ce fil, cette longue ligne rejoignant nos personnes, en tous temps, en toutes heures. Toi, ici. Moi là bas. Toi, seule. Moi, accompagné. Mon bras se levait sur quai d'une gare pour faire signe à quelqu'un, ton bras se relevait ailleurs pour remettre en place tes cheveux dans une soirée où tout était désordonné. Mes yeux s'arrêtait sur un détail d'une beauté irréelle dans un tableau du Prado et toi tu avançais d'un pas ferme, cercle après cercle, vers cette chaleur interne qui te fait briller deux fois plus que les autres.


Un jour je t'ai serré dans les bras,

milles fois je t'ai serré dans mes bras,

hier je te serrais encore dans mes bras.

Demain je n'aurai contre moi que l'ombre de ma vanité.


Parce que notre bonheur n'existe que dans la désunion.

Et pourtant,

nous n'accepterons jamais de mourir seuls.

mardi 30 mars 2021

Musique à usage personnel Sound and Vision par David Bowie

 

Musique à usage personnel Sound and Vision par David Bowie


Elle est là, au milieu de la pièce. Les rideaux sont tirés. Elle est assise en tailleur, appuyée sur deux coussins qui ont l’air confortables. Elle est pieds nus. Elle a les traits tirés. Cela fait quelque temps déjà que tout est fini, que tout est censé être fini. Cela n’en finit pas de finir. Ce qui est dit et fait aujourd’hui n’efface plus ce qui s’est dit et a été fait hier. Sa vie semble n’avoir pas plus de sens qu’une porte qui s’ouvre et se referme sans cesse poussée par un courant d'air capricieux.


Je sens les émotions, celles que je ne connaîtrais plus, glisser lentement de ses yeux vers ses seins. Elle se lève pour allumer une clope, vaguement énervée de se trouver dans tous ses états, pour rien. Le cendrier est propre. Elle l’a acheté à une brocante en même temps qu’un ou deux bouquins, des recueils de poème. Elle ne lit que des poèmes en ce moment. Deux ou trois bouffées sur la nicotine puis l’immobilité totale. Elle sourie brièvement en pensant à un épisode passé puis tremble de rage en pensant à demain. «Rage against the dying of the light» dirait Dylan Thomas. Partout autour d’elle, l’absence, l’absence de ce qui ne pouvait être. Cela n’en finit pas de finir mais demain c’est fini.

Elle est là les yeux grands ouverts, fixes, immensément belle; les yeux perdus dans une reproduction de Rothko accrochée au mur bleu pâle. Une couche de gris, une autre de marron, drôle de millefeuilles.

Elle se lève à nouveau, pour la centième fois aujourd’hui, s’approche de la stéréo et pose un disque sur la platine. Je parierais qu’elle n'écoute que ce disque en ce moment. Je ne sais pas comment mais soudain la musique exauce toutes ses prières. Elle dicte la marche à suivre. Elle égrène les sentiments, un à un, le long et délicat chapelet du désespoir. La musique a réponse à tout. Sur la platine, le chien Victor court après son maître et elle commence enfin à respirer. Elle se rend compte que depuis ce matin, ses poumons étaient comprimés par je ne sais quel étau. Elle ouvre une fenêtre, tire légèrement les rideaux. De la lumière rentre enfin dans la pièce. Je remarque que les tonalités dominantes de la pièce sont le bleu et le bleu pâle, pas seulement le mur, mais aussi le sofa et la nappe sur la table. Un bleu électrique même.


A travers la fenêtre, des bruits remontent de la rue. Pourtant la musique s’approprie peu à peu la pièce.


La chanson dit maintenant: «C’est une fille si seule, dans une pièce si bleue, avec un cœur si tendrement fort que je n’hésiterai pas à la serrer dans mes bras, si je n’étais pas certain de l’étouffer ainsi.»


Son visage semble concentré sur la musique et les paroles, la tête légèrement penchée comme lorsque l’on prête toute son attention à une personne que l’on apprécie. Une fois de plus, le répit est venu là où elle ne l’attendait pas. Elle ne le sait pas encore mais la vie a décidé pour elle. Une fois de trop peut être.


J’assiste, entre larmes inexpliquées et joie douloureuse, à l’envol de ce poids qu’elle traînait derrière elle. Quelque part au dessus de sa solitude, la chanson continue à lui susurrer les mille vérités que je n’ai jamais su énoncer.


J’ouvre les yeux. Elle n’est plus là. La pièce est vide. Mais je la devine encore quelque part au coin de mes yeux. Toujours à deux doigts, à deux pas ou à mille lieues. C’est fait. Je regarde la séparation étendue lascivement devant moi. Elle est bleue, électrique, elle a un son et une image bien trop réelle pour que je puisse la supporter.

dimanche 21 mars 2021

Musique à usage personnel: Last night I dreamt somebody loved me par The Smiths

 

Musique à usage personnel: Last night I dreamt somebody loved me par The Smiths


On n'est soi même pas si tactile que ça et pourtant il y a des gens que l'on sert de façon particulièrement forte dans nos bras. Peut être parce que l'on sait pertinemment qu'on les a déjà perdus. Et donc toi, je t'ai serrée une dernière fois dans mes bras, hier.


Il y avait ce fil, cette longue ligne rejoignant nos personnes, en tous temps, en toutes heures. Toi, ici. Moi là bas. Toi, seule. Moi, accompagné. Mon bras se levant sur le quai d'une gare pour faire signe à quelqu'un, ton bras se relevant pour remettre en place tes cheveux dans une soirée où tout était désordonné. Mes yeux s'arrêtant sur un détail d'une beauté irréelle dans un tableau du Prado et toi avançant d'un pas ferme, cercle après cercle, vers cette chaleur interne qui te fait briller deux fois plus que les autres.


Un jour je t'ai serré dans les bras, milles fois je t'ai serré dans mes bras, hier je te serrais encore dans mes bras. Pourquoi s'invente t'on des histoires pareilles?


Hier j'ai rêvé que quelqu'un me serrait dans ses bras, c'est un rêve tout droit tiré d'une chanson, je le sais mais il n'en est pas moins cruel au réveil.

dimanche 1 juillet 2012

Musique à usage personnel: Lifeguard sleeping, girl drowning par Morrissey


Musique à usage personnel: Lifeguard sleeping, girl drowning par Morrissey







Il ne suffit pas de savoir que quelqu'un va nécessairement se noyer sous vos yeux dans la minute qui suit pour se lever et tenter d'empêcher l'irrémédiable. Il y a trop de choses à faire, trop de prétextes pour passer à côté de l'essentiel et puis, après tout, a t'on vraiment envie de savoir?

On préfère sans doute se remémorer les éclats du dernier samedi soir. Comme un océan qui se déverserait toujours exactement au même endroit. La même veste, la même chanson avant de sortir. Un dernier coup de fil pris au vol. Le même bar, les mêmes blagues, les mêmes femmes flétries. Et toujours cette envie d'être enfin un homme sans toutefois savoir de quoi il s'agit exactement. Encore une superbe défaite qui se profile à l'horizon tout comme ses nuages paresseux au delà des flots.

Et cette fille à qui on a parlé hier soir. Une légère éclaircie dans un ciel alcoolisé au possible. Des mots, des vrais et un sourire. Arraché comme on étripe un animal pour en tirer la plus belle pièce de viande. Cet espoir que l'on n'ose formuler à haute voix de peur qu'il ne se réalise jamais, ne plus être seul, ne plus avoir à se supporter à longueur de journée. Partager quelque chose, ne serait ce que l'ennui qui nous guide pas à pas vers cette plage.

Aujourd'hui. Cette fille et moi. Cette fille au sourire triste et moi jouant sur un terrain qu'il ne connaît pas. Et cette fille qui s'en va nager au loin. Et moi qui la suit des yeux pensant à toute autre chose. Et ce point au large qui s'arrête. Ce corps qui ne bouge plus. Cette fille qui est en train de se noyer sous mes yeux et moi qui accepte ce fait comme j'accepte les rayons de soleil qui percent doucement le ciel.

J'aurais du le savoir. J'aurais du m'en douter mais je ne fais rien. Je pense déjà à samedi prochain.

mardi 22 mai 2012

Musique à usage personnel : Cover me par Björk


Musique à usage personnel : Cover me par Björk



Il n’est pas nécessaire d’avoir été élevé dans certains maux pour comprendre d’autres mots.
 


J’en prends pour exemple, la phrase «je t’aime».

Doit-on forcément avoir été élevé dans l’amour pour y comprendre quelque chose?

Lorsque le silence a trop souvent été l’obligation même, le réflexe salvateur. Lorsque le silence a trop souvent dicté sa loi … Pas facile de s’affirmer ou ne serait ce que de reconnaître le son de cette voix (notre voix) qui marque son amour (notre amour).

Alors il y a eu les chansons d’amour comme prétexte et comme signes extérieurs d’un sentiment délicatement emmuré vivant.

Aimer l’oubli de soi même pour commencer. C’est le feu qui clame son amour à Jeanne d’Arc , c’est l’amour qui résonne dans l'oubli de soi même. Dans un langage nouveau, à travers des syllabes qui ne s’appréhendent pas tout à fait. Le sentiment jaillit et c’est la seule chose qui importe.

Dans une langue étrangère. Sous l’emprunt d’une mélodie de traviole. Je t’aime, mal, pas assez, trop, parfois mais encore aujourd’hui un peu comme la pierre qui flanche à la première occasion.

Sous un ciel dur et emprunté, il existe toujours la possibilité de s’en remettre à d’autres. Comme à Delphes, on se pose la question et une chanteuse y répond.

dimanche 8 avril 2012


Musique à usage personnel :  Purple People par Tori Amos

D'un seul coup le monde a basculé.
C'est désormais un univers fait d’ouate et de balbutiements. Comme un bar rétro à mille lieues sous la terre que nous foulons tous les jours.
Les sons peinent à se frayer un chemin jusqu'à nous mais jamais ils ne loupent leur cible.
On chavire, on rame de peur de couler et on écope ce que l'on peu, le trop plein d'émotions par exemple.

C'est aussi un plaisir suranné que celui de fredonner cet air ancien avant son heure.
C'est un romantisme amputé mais aussi un coup de vent que l'on n'attendait pas, cette histoire de gens mauves.

La Tour de Pise qui se remet d'aplomb, les structures mégalithiques au large du Japon soudain resurgissent du fond de la mer, c'est un monde que j'aime bien visiter bien que je ne le connaisse pas encore. C'est une chanson qui appelle un inconnu et pourtant c'est bien moi qui répond à l'appel.

C'est surtout la voix des Limbes. Entre les interstices et les craquements, la petite histoire du monde qui s'ignore encore

mardi 1 novembre 2011

Musique à usage personnel Antarctica starts here par John Cale

Musique à usage personnel Antarctica starts here par John Cale




C'est une ancienne carte, aussi vieille que celle de Piri Reis. Parcheminée et pourtant si précise, pleines d'informations précieuses mais dont seulement une attire immanquablement mon attention.

Un point. Le centre de toutes choses avant même la création, le mouvement de la lumière et l'animation des êtres de glaise.

Il fut un temps où le centre ne rendait de compte à personne.
Pas même à moi.
Le temps d'une utopie ne se conjuguant qu'à la première personne du singulier.
J'aimerais arriver à déchiffrer à nouveau les galimatias de ce nouveau continent, cet endroit où tous les êtres vivants répondent à mon nom, où la terre me ressemble comme à un frère et où les végétaux ne s'épanouissent que lorsque je soupire.

Cet endroit ne se chante pas, il se susurre dans l'absence de lumière.

Là où un seul point occupe tout l'espace et oblitère toute émotion possible. Là où tout s'écrit en pointillé, l'être suspendu à un moment qui ressemble à une Vestale prête à se dévêtir.

Car le monde a été délaissé.

Les premiers à fuir n'ont pas été les moins courageux car qui peut prétendre toute une vie durant à l'intégrité du désir luisant, à l'opacité de la pulsion sans cesse opprimée ?

Celui qui s'exprime librement n'a pas sa place ici.

Une fois abandonné, le monde est bien vite rejoint par des ombres en marche, les souvenirs de ce qui aurait été, de ce qui aurait du avoir lieu.

Je me suis laissé dire qu'on ne revient jamais au monde. Et pourtant.