samedi 24 septembre 2011

Ocean par Ozark Henry






Cette chanson n’a pas de fin. Elle ne débute même pas là où on le croit. Elle court le long des années qui ont suivi sa composition, à chaque écoute un peu plus longue, un peu plus poignante pour celui qui sait être absent.

Cette chanson c’est la toile du portrait de Dorian Gray encore intacte, inconnue d’un public qui ne demande qu’à crier au génie ou à brûler celui qui porte les premières stigmates.

Un jour je la crois faite de plomb légèrement cuivré, comme un cylindre qui ne servirait absolument à rien, posé sur une table de travail où jadis on s’est rêvé plus malin que les autres.

D’autres jours, je me vois parfaitement la surplomber légèrement du haut de cette Tower of Songs où les chanteurs vont sur leurs vieux jours faire don de leur dernière élégance. Je la touche presque du doigt mais c’est en vain.

Dans un coin de cette pièce, la nuit de préférence, juste au dessus du miroir vide, un petit point sur un mur plus très blanc. Elle est là. Définitivement absente.



Dans un coin de ma chambre, la nuit de préférence, juste au dessus du miroir vide, un petit point sur un mur plus très blanc. Je suis là. Définitivement absent avec comme seule compagne l’air d’un tocsin abruti par un pays qui rêve encore de victoire.



Un soir, je me surprends à descendre dans le salon pour jouer du piano. Je ne sais pas en jouer mais il faut absolument que je retrouve cette mélodie qui descend les escaliers, marche après marche, pour s’arrêter sur le seuil de la porte. Je m’acharne tendrement sur ce piano qui ne m’appartient pas mais rien n’y fait. Je n’arrive à rien. Je soupire un peu puis me prépare un café. La nuit est longue. Je regarde le mur, entre les photos de Denis Lavant et de Juliette Binoche. Il y a un petit point noir, un petit trou laissé par une épingle. Je ne suis plus là.

Si je devais ouvrir la bouche pour dire ce que je ressens, si je devais taper sur le clavier ce que cette chanson m’inspire, je ne laisserai qu’une trace de buée sur la fenêtre par temps d’hiver, je ne laisserai que la trace du curseur clignotant sans relâche à la suite d’un texte qui voudrait arriver à sa fin.


vendredi 16 septembre 2011

Wish you were here par Pink Floyd




La musique est le souvenir de ce qui ne sera plus.

Wish you were here par Pink Floyd.
... et cela recommence.

Cela recommence bien avant que l’on ne se l’avoue à soi même.

Le premier jour où son visage commence à s'estomper pour de bon. La première fois où tu ne te retournes pas lorsque tu entends quelqu'un prononcer son prénom dans la rue. La première fois où tu dois faire un réel effort pour te souvenir de la chaleur de ses petites mains sur ton dos.

Cela te donne envie de pleurer, bien sûr, et cela finit par t’étonner car tu t’étais presque convaincu d’être ce monstre d'insensibilité dont tout le monde parle autour de toi. Un monstre qui pourtant n’a que son ridicule Rideau de Fer a opposé à ces arpèges ridiculement simples… je ne connais pas de prolégomènes plus cruel que cette «friture» de la radio qui s’applique à combler le vide d’une vieille présence.

Tu fais un effort surhumain pour ne pas te mettre à chialer. Pourtant, c'est tellement tentant de craquer. Ce ne serait pas la première fois et personne ne le saura. C’est dans cet instant qui précède la chanson que tu es le plus vulnérable.
Dieu seul sait comment tu y arrives mais tu ne pleures pas.

J'ai envie mais je ne peux pas. Je ne m'invente pas d'excuses. J'ai semé et récolté le chaos, comme tout le monde. Ça me démange mais je ne me gratte pas. Je serre les dents. Besoin d'énergie, de temps, de calme. Avant que cela ne recommence encore.

Est ce qu'une chanson peut avoir le même sens tellement de temps
après ?
Si je dis : "je voudrais que tu sois là", est ce que cela a encore un sens ou s’agit-il d'un réflexe que j'ai du mal à dominer, un trop plein d'amour s'ignorant lui même ?
J'ouvre la bouche et je me retrouve une dizaine d'années auparavant. Je ne sais pas ce que je veux. Je passe mes journées à me convaincre du contraire. Mais je le dis quand même:
How I wish you were here

A quoi cela va t'il me servir ? Je suppose qu'au bout d'un certain temps cela ressemble plus à de l'automutilation qu'à autre chose, n'est ce pas ?

Ce n'est pas une page qu'il faut tourner mais bien un livre entier que je dois brûler.