dimanche 8 avril 2012


Musique à usage personnel :  Purple People par Tori Amos

D'un seul coup le monde a basculé.
C'est désormais un univers fait d’ouate et de balbutiements. Comme un bar rétro à mille lieues sous la terre que nous foulons tous les jours.
Les sons peinent à se frayer un chemin jusqu'à nous mais jamais ils ne loupent leur cible.
On chavire, on rame de peur de couler et on écope ce que l'on peu, le trop plein d'émotions par exemple.

C'est aussi un plaisir suranné que celui de fredonner cet air ancien avant son heure.
C'est un romantisme amputé mais aussi un coup de vent que l'on n'attendait pas, cette histoire de gens mauves.

La Tour de Pise qui se remet d'aplomb, les structures mégalithiques au large du Japon soudain resurgissent du fond de la mer, c'est un monde que j'aime bien visiter bien que je ne le connaisse pas encore. C'est une chanson qui appelle un inconnu et pourtant c'est bien moi qui répond à l'appel.

C'est surtout la voix des Limbes. Entre les interstices et les craquements, la petite histoire du monde qui s'ignore encore

mardi 1 novembre 2011

Musique à usage personnel Antarctica starts here par John Cale

Musique à usage personnel Antarctica starts here par John Cale




C'est une ancienne carte, aussi vieille que celle de Piri Reis. Parcheminée et pourtant si précise, pleines d'informations précieuses mais dont seulement une attire immanquablement mon attention.

Un point. Le centre de toutes choses avant même la création, le mouvement de la lumière et l'animation des êtres de glaise.

Il fut un temps où le centre ne rendait de compte à personne.
Pas même à moi.
Le temps d'une utopie ne se conjuguant qu'à la première personne du singulier.
J'aimerais arriver à déchiffrer à nouveau les galimatias de ce nouveau continent, cet endroit où tous les êtres vivants répondent à mon nom, où la terre me ressemble comme à un frère et où les végétaux ne s'épanouissent que lorsque je soupire.

Cet endroit ne se chante pas, il se susurre dans l'absence de lumière.

Là où un seul point occupe tout l'espace et oblitère toute émotion possible. Là où tout s'écrit en pointillé, l'être suspendu à un moment qui ressemble à une Vestale prête à se dévêtir.

Car le monde a été délaissé.

Les premiers à fuir n'ont pas été les moins courageux car qui peut prétendre toute une vie durant à l'intégrité du désir luisant, à l'opacité de la pulsion sans cesse opprimée ?

Celui qui s'exprime librement n'a pas sa place ici.

Une fois abandonné, le monde est bien vite rejoint par des ombres en marche, les souvenirs de ce qui aurait été, de ce qui aurait du avoir lieu.

Je me suis laissé dire qu'on ne revient jamais au monde. Et pourtant.

lundi 17 octobre 2011

Musique à usage personnel : Alliance par Robert Wyatt










Le vide qui divague à ne plus savoir quoi dire, quoi faire. Le vide du premier jour sans elle. Peu importe pour une fois le nom du chanteur ou celui de la chanson. Les faits sont là et avec eux ce sentiment de vide sans fondement. Le vide comme la paroi interne d'un vaisseau sanguin qui s'éloigne poliment du coeur : " ce que nous avons en commun rend les choses encore plus dures". " Il est dur de parler à qui que ce soit, nous sommes ennemis". Je refuse d'avoir peur ou de chercher le moyen le plus simple de combler ce vide. Que vient faire Chomsky là dedans ? Je ne veux même pas le savoir. Si tu me laisses le temps nécessaire, peut être arriverais je à croire que cela ne s'est pas passé, que rien n'est arrivé, qu'il n'y a pas de vide, après. Alors, je m'incline, je me penche, j'écoute la chanson pendant que la fièvre reprend ses droits. La voix module tout, arrache le peu qu'il me reste de raison. Je commence à délirer, à appeler au secours les gens qui ne sont plus là. Je sens que si la voix de Robert Wyatt se brise encore une fois c'est toute ma vie qui va y passer cette fois ci. Pas d'échappatoire possible. Rien qu'une résignation à peine formulée, une dent qui se casse. Toute une journée à faire défiler le vide, doucement et presque tendrement, toute une journée à accepter le vide, à me vivre et à m'inventer vide.

samedi 24 septembre 2011

Ocean par Ozark Henry






Cette chanson n’a pas de fin. Elle ne débute même pas là où on le croit. Elle court le long des années qui ont suivi sa composition, à chaque écoute un peu plus longue, un peu plus poignante pour celui qui sait être absent.

Cette chanson c’est la toile du portrait de Dorian Gray encore intacte, inconnue d’un public qui ne demande qu’à crier au génie ou à brûler celui qui porte les premières stigmates.

Un jour je la crois faite de plomb légèrement cuivré, comme un cylindre qui ne servirait absolument à rien, posé sur une table de travail où jadis on s’est rêvé plus malin que les autres.

D’autres jours, je me vois parfaitement la surplomber légèrement du haut de cette Tower of Songs où les chanteurs vont sur leurs vieux jours faire don de leur dernière élégance. Je la touche presque du doigt mais c’est en vain.

Dans un coin de cette pièce, la nuit de préférence, juste au dessus du miroir vide, un petit point sur un mur plus très blanc. Elle est là. Définitivement absente.



Dans un coin de ma chambre, la nuit de préférence, juste au dessus du miroir vide, un petit point sur un mur plus très blanc. Je suis là. Définitivement absent avec comme seule compagne l’air d’un tocsin abruti par un pays qui rêve encore de victoire.



Un soir, je me surprends à descendre dans le salon pour jouer du piano. Je ne sais pas en jouer mais il faut absolument que je retrouve cette mélodie qui descend les escaliers, marche après marche, pour s’arrêter sur le seuil de la porte. Je m’acharne tendrement sur ce piano qui ne m’appartient pas mais rien n’y fait. Je n’arrive à rien. Je soupire un peu puis me prépare un café. La nuit est longue. Je regarde le mur, entre les photos de Denis Lavant et de Juliette Binoche. Il y a un petit point noir, un petit trou laissé par une épingle. Je ne suis plus là.

Si je devais ouvrir la bouche pour dire ce que je ressens, si je devais taper sur le clavier ce que cette chanson m’inspire, je ne laisserai qu’une trace de buée sur la fenêtre par temps d’hiver, je ne laisserai que la trace du curseur clignotant sans relâche à la suite d’un texte qui voudrait arriver à sa fin.


vendredi 16 septembre 2011

Wish you were here par Pink Floyd




La musique est le souvenir de ce qui ne sera plus.

Wish you were here par Pink Floyd.
... et cela recommence.

Cela recommence bien avant que l’on ne se l’avoue à soi même.

Le premier jour où son visage commence à s'estomper pour de bon. La première fois où tu ne te retournes pas lorsque tu entends quelqu'un prononcer son prénom dans la rue. La première fois où tu dois faire un réel effort pour te souvenir de la chaleur de ses petites mains sur ton dos.

Cela te donne envie de pleurer, bien sûr, et cela finit par t’étonner car tu t’étais presque convaincu d’être ce monstre d'insensibilité dont tout le monde parle autour de toi. Un monstre qui pourtant n’a que son ridicule Rideau de Fer a opposé à ces arpèges ridiculement simples… je ne connais pas de prolégomènes plus cruel que cette «friture» de la radio qui s’applique à combler le vide d’une vieille présence.

Tu fais un effort surhumain pour ne pas te mettre à chialer. Pourtant, c'est tellement tentant de craquer. Ce ne serait pas la première fois et personne ne le saura. C’est dans cet instant qui précède la chanson que tu es le plus vulnérable.
Dieu seul sait comment tu y arrives mais tu ne pleures pas.

J'ai envie mais je ne peux pas. Je ne m'invente pas d'excuses. J'ai semé et récolté le chaos, comme tout le monde. Ça me démange mais je ne me gratte pas. Je serre les dents. Besoin d'énergie, de temps, de calme. Avant que cela ne recommence encore.

Est ce qu'une chanson peut avoir le même sens tellement de temps
après ?
Si je dis : "je voudrais que tu sois là", est ce que cela a encore un sens ou s’agit-il d'un réflexe que j'ai du mal à dominer, un trop plein d'amour s'ignorant lui même ?
J'ouvre la bouche et je me retrouve une dizaine d'années auparavant. Je ne sais pas ce que je veux. Je passe mes journées à me convaincre du contraire. Mais je le dis quand même:
How I wish you were here

A quoi cela va t'il me servir ? Je suppose qu'au bout d'un certain temps cela ressemble plus à de l'automutilation qu'à autre chose, n'est ce pas ?

Ce n'est pas une page qu'il faut tourner mais bien un livre entier que je dois brûler.

samedi 23 juillet 2011

Unchanging Word par Broadcast

Unchanging Word par Broadcast






Un tunnel apparemment obscur et profond.
Elle s’avance quand même dans ce qu’elle suppose être une ligne droite
Qui pourtant prend parfois l’apparence d’une courbe divergente.
Pas un bruit, pas un écho. Pas une voix pour lui rappeler qui elle était.



Le son est loin derrière elle.

A certains endroits, elle devine que les parois du tunnel se rapprochent d’elle comme pour l’étouffer. A d’autres endroits, elle ne saurait plus dire si elle est encore dans le tunnel ou à l’air libre. Ou bien encore, si en fait elle n’a pas passé toute sa vie errant dans cette rue sans vie.
Peu à peu l’obscurité régnante devient synonyme de liberté.

Les ouvriers de l’usine à chansons ont bien travaillé. Il est grand temps de diffuser ce disque de grand bruit blanc, de sons anciens parfaitement contrôlés. Pas une rature sur la partition. Pas une seule anicroche dans la voix.

Voici venir le temps de l’émotion à rebours.

samedi 9 avril 2011

Washing of the water par Peter Gabriel

Musique à usage personnel : Washing of the water par Peter Gabriel





La musique se dessine parfois en secret puis, comme si de rien n’était,  se pose délicatement à vos côtés, d’un battement d’ailes discret. Par exemple lorsque plus rien ne s’est passé depuis très longtemps.

Tout comme l’eau qui nous porte lorsque l’on s’arrête de nager et que l’on se laisse flotter, en attendant de reprendre des forces et de retourner sur le rivage que l’on a quitté une heure plus tôt.

Car, ils sont nombreux ces instants où nous ne sommes plus dans le mouvement qui nous est si cher, ce mouvement dicté par la vie. Que ce soient la mort, la maladie ou l’ennui de soi même. Des moments de flottement où tout devient possible.

On se surprend alors à ne pas savoir s’il faut respirer ou expirer. Avaler une grande bouffée d’air en attente du pire ou bien expulser de toutes nos forces un air qui contient une mélodie que l’on ne connaît que trop bien.

Pourtant, c’est si simple, il suffit de ne pas y penser et l’immobilité devient supportable. L’eau fait son œuvre, le courant à des lois qu’on ne discute pas. Le nid des vagues nous renvoie à l’instant qui précède, toujours l’instant d’avant. Et soudain on y est. Sans être jamais parti de nulle part, nous voilà arrivé à bon port.

On ne peut que retenir son souffle de peur que…
Que de nos lèvres s’échappent un cri de bébé,
Que de nos yeux coulent les larmes d’un nourrisson abandonné.

Mais à l’abri, le corps suspendu dans les bras d’un fleuve raisonné. De la fraîcheur des flots, s’extirpe péniblement un nouvel être, pas exactement ressuscité mais fondamentalement ouvert à la nouveauté.

Washing of the water, un instant privilégié, entre deux berges, deux choix de vie.

Un lieu qui ne s’invente pas, qui est là avant qu’on n’y soit mais qui n’est plus lorsqu’on le quitte.

Washing of the water, absolution non préméditée, sacrements essentiels.

Mais tout recommence déjà, au dehors.


Ce titre est extrait de l'album thérapiste "US" de 1992 sorti chez Real World.