Brompton Oratory par Nick Cave
Il y a des moments vécus à travers la musique qui ne se réfèrent qu’à d’autres moments vécus ailleurs et parfois même au-delà.
Par exemple, quand le souvenir se superpose au moment vécu.
L’ici et le maintenant laissant place aux ailleurs et avants.
Les pas qui résonnent, qui trébuchent presque sur les marches qui mènent à cette église font écho à ces mots qui eux aussi trébuchent dans l’énonciation de l’évidence.
Le Brompton Oratory. C’est là que se situe ce souvenir inventé de toutes pièces. Je n’y suis jamais allé mais j’y suis déjà rentré, je n’ai jamais franchi ses marches mais le lieu m’habite entièrement.
Un lieu bien particulier dans la discographie de Nick Cave. Comme certaines ébauches de Klimt qui débauchent littéralement leurs grandes réalisations sur toile. Il y a peut être aussi Christina the astonishing à ranger dans le même cas. Bien que là, le fil soit trop tendu, le pas trop aisé sur le fil de l’harmonie. Dans Brompton Oratory, rien n’est figé, la chanson commence à peine que déjà elle s’achève presque sans le vouloir.
Le chant est profond. A l’évidence, il se passe quelque chose d’important même s’il n’est pas aisé de dire quoi. La compréhension elle aussi trébuche. Comme les mots qui buttent dans un premier temps avant de nous emmener bien loin du Brompton Oratory. Vers la beauté, quelque part dans l’instant révolu que l’on cherche à revivre (Where do we go but nowhere, sur le même album) ou bien vers le moment qui promet bien plus qu’il ne le voudrait (Are you the one I’ve been waiting for).
Et Brompton Oratory. Un peu à part. Un creuset pour l’Epiphanie tant attendue. Un instant et un lieu qui se transforment en prière, qui pour ce que l’on en sait, ne sera sans doute pas exhaucée.
Cette chanson se trouve sur The Boatman's Call. Un disque recommendable chez Mute Records (1997)


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