samedi 5 mars 2011

Walk par An Pierle


la musique est au centre de toutes choses

Walk par An Pierle 



Le ciel est très bas à l’horizon. La mer ne m’a jamais paru aussi obscure qu’aujourd’hui. Les nuages fondent sur les vagues comme sur des proies trop vulnérables. Heureusement, j’ai mon lecteur MP3 avec moi. Protégé. Je me sens presque forcé de sortir sur la jetée pour voir de quoi est faite cette tempête qui approche.

Face aux éléments en marche, porté par la voix de An Pierle, je marche vers la mer et me retrouve bientôt complètement seul dans une bulle d’air surchargé d’embruns et de promesses de noyade. Je sens un léger vertige venir mais je le laisse passer.

J’y suis. A nouveau. Le centre de toutes choses. Là où je me cache, loin de tous les artifices de l’apparat. Nu et acclamé, en paix tout simplement.

D’aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours aspiré à ça. Être là et disparaître peu à peu. D’où ce voyage en Belgique et cette visite à la Mer du Nord.

Ce moment s’échappe déjà. Je le laisse partir sans tristesse car je sais qu’il reviendra. Plus tard. Ailleurs. Sans que je ne m’y attende vraiment, à travers un morceau bien particulier, un déclencheur. Je l’accepte car il en est ainsi.

Je sais que je suis désormais trempé des pieds et à la tête. Soudain, une main s’abat sur mon épaule. C’est un gars du coin qui me gueule dessus comme du poisson pourri. Je suppose qu’il me dit qu’il n’est pas prudent de rester là dehors. Je ne comprends décidemment rien au flamand. Je lui fais signe de la tête que je vais le suivre. Je lui emboîte le pas et je jette un dernier coup d’œil derrière moi. Je me refuse à me laisser gagner par les remords. Je me demande juste où j’ai bien pu perdre cette sensation d’être et de savoir que j’ai été.

J’appuie sur la touche « rewind » et une chappe de plomb me tombe dessus lorsque la porte de l’espèce de bunker, où nous trouvons refuge, se referme derrière moi. Je sens les larmes monter aux yeux. J’espère distraitement que cela passera pour de l’eau de mer. De toute façon, personne ne prête attention à moi. Tant mieux.

Il ne se passe apparemment pas grand chose mais mon cœur se soulève. Je me sens si vulnérable. Je n’y peux rien. J’accepte d’être submergé.

Finalement, je décide de m’asseoir à côté d’un radiateur et je pense à la fin de L’ami américain de Wim Wenders, à ce qu’il parait ça a été tourné pas très loin d’ici. J’irais voir ça lorsque le temps me le permettra. Et je déciderais de comment cette histoire doit se finir.


Cette chanson de An Pierle se trouve sur son très recommandable 2e album, Helium Sunset sorti chez le label PIAS.

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